Asperger au féminin

Suite à une discussion fascinante avec notre amie et collègue Fabienne Cazalis (chercheuse en neurosciences au CNRS), et à l’afflux récent de nombreuses candidatures féminines chez Auticonsult, nous avons décidé de vous proposer un court article sur la question du syndrome d’Asperger au Féminin. 

Students and family members from Johnson Primary School march, holding signs and banners in support of autism awareness aboard Marine Corps Base Camp Lejeune, Friday. According to the center for disease control and prevention, one in every 68 children in the U.S. is diagnosed with the disorder. (Photo by: Lance Cpl. Andrea Ovalle)

 

 

Le syndrome d’Asperger chez les femmes, pris en tant que sujet spécifique, a longtemps été délaissé, mais suscite une attention croissante. Plusieurs raisons expliquent ce manque apparent d’intérêt. Tout d’abord, l’étude universitaire et scientifique du syndrome d’Asperger a historiquement été dominée par des hommes. De plus, le trouble se manifeste d’une manière différente chez les femmes (même s’il y a des similitudes), ce qui a entraîné un problème de diagnostic. Actuellement, on compte quatre fois plus d’hommes diagnostiqués, notamment parce que la formation des psychologues et les questionnaires de diagnostic sont mieux adaptés aux hommes.  De nombreuses femmes vivraient ainsi non diagnostiquées, sans bénéficier de ce qu’un diagnostic pourrait leur apporter en termes d’aide, d’explications de leurs difficultés, ainsi que d’acceptation de leur différence par l’extérieur.

Une autre raison, majeure, du sous-diagnostic des femmes réside dans une meilleure capacité à dissimuler leur trouble et à mieux se fondre dans l’environnement social existant.  Tout comme les hommes, les femmes Asperger font des efforts considérables pour adapter leurs différences de comportement au monde extérieur, tout en parvenant mieux à imiter l’environnement social existant et à s’y fondre. Les femmes Asperger ont certes des centres d’intérêt spécifiques, tout comme les hommes, mais ceux-ci sont plus « ordinaires » et plus orientés vers les activités relationnelles ou artistiques (la littérature, l’imaginaire, le social), là où ceux des hommes sont plus systématiques (informatique, astronomie).

Néanmoins, vivre avec un syndrome d’Asperger reste lourd pour les femmes. Les stratégies d’adaptation sociale demandent des efforts permanents qui se traduisent fréquemment par de l’épuisement, des burn-outs, ou encore de l’anxiété et de la dépression (environ un tiers des femmes Asperger). Plus jeunes, elles sont également nettement plus victimes d’exclusion sociale de la part de leurs camarades, ainsi que d’abus liés à leur naïveté (manipulations, agressions sexuelles). La question du syndrome d’Asperger féminin reste de manière générale un territoire encore très partiellement exploré et où beaucoup de choses restent en suspens et à découvrir.

Pour de plus amples informations, vous pouvez consulter, l’article de Fabienne Cazalis, très proche des recherches récentes et très complet. Ceux qui préfèrent une émission audio se tourneront vers cette émission de France Culture qui contient un témoignage de Julie Dachez, autiste Asperger auteur de la géniale bande-dessinée La Différence Invisible. Enfin, ceux qui souhaitent d’autres sources et apprécient de lire en anglais pourront lire cet article du Professeur Tony Attwood, clinicien et chercheur qui fait référence sur le syndrome d’Asperger, ou encore celui-ci publié par l’Asperger/Autism Network.

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